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Article AETIUS N° 1(1) – 06.2008

BYE, BYE FORTIS?

                Un coup de tonnerre vient de retentir dans le ciel bancaire, amorti par le joyeux brouhaha des vacanciers. Une chute spectaculaire de 20% en une séance a précipité la descente aux enfers de l'action Fortis, banque de référence du gouvernement francophone. Le voile de la désinformation est tombé, déchiré par la rigueur des chiffres, déclarés... satisfaisants par les administrateurs. Tétanisés, les investisseurs continueront-ils à supporter une telle arrogance?

                Une question fondamentale se pose. Le désastre était-il prévisible? Sous réserve de son ampleur, nous répondons "oui" sans ambiguïté en posant une double question. Comment et pourquoi la banque a-t-elle levé, l'an dernier, la somme pharaonesque de treize milliards d'euros (520 milliards d'anciens francs belges) ? La réponse est du domaine public.

                Comment? Le cours de l'action a été ramené à 15 euros, cours attractif pour les nouveaux souscripteurs, pilule amère pour les actionnaires fidèles. Lors de l'assemblée de septembre 2007, nonobstant la crise du "subprime", les fonds ont été levés pour leur quasi-totalité. Toutefois, la banque n'a pas lancé d'avertissement sur résultats, comme l'exigeait, si pas la loi (?), du moins la loyauté envers ses actionnaires.

                Le but invoqué? Les capitaux frais devaient financer l'offensive contre ABN-AMRO. Opération de capitalisme sauvage, contestable pour une banque de "bon père de famille"; l'O.P.A. s'avérait hautement risquée au vu de la débâcle financière. Pourquoi ce manque de prudence élémentaire durement sanctionné aujourd'hui? D'autres raisons moins avouables auraient-elles présidé aux décisions des dirigeants? Ironie du sort, le 1er novembre 2007, l'Union européenne émet sa directive MiFiD pour la protection des investisseurs!

                Le doute s'installe dans le silence bienveillant des autorités de contrôle et le mutisme des milieux informés. Mieux, en janvier 2008, les conseils boursiers se teintent de rose dans un hiver timide et le cours reprend de l'altitude pour... quelques jours seulement. Dans ce contexte ambigu, une assemblée généreuse alloue, en avril, un dividende de... 0.59 euro à des actionnaires ayant perdu des millions d'euros. De manière surprenante, un vote favorable à 98% clôture une assemblée qui se veut rassurante.

                Mais, les cours continuent de chuter dans le silence, l'opacité et l'embarras perceptible des membres du sérail. Neuf mois après la grande razzia, l'annonce brutale d'un nouveau besoin de financement estimé à 8 milliards d'euros, provoque un séisme ce vendredi 27 juin. Petits épargnants, actionnaires et boursicoteurs abasourdis apprennent une deuxième augmentation de capital à hauteur de 1,5 milliard. Des fonds chinois viennent au secours du rapace blessé! Le cours s'effondre à 10.26 euros, relançant les inquiétudes.

                Qu'est devenu le pactole récolté, soit 21 milliards d'euros, (huit cent quarante milliards d'anciens francs belges)?

                Quelle est la situation réelle de l'établissement belgo-hollandais?

                Telles sont les questions brûlantes auxquelles ses dirigeants doivent répondre !

                Les médias ont pudiquement évoqué la "solvabilité" de la banque à l'image de sa consoeur Dexia et d'autres en difficulté. Côté américain, la Justice fait le ménage et inculpe plus de quatre cents hauts responsables bancaires. Outre un possible développement au civil, l'affaire Fortis aura-t-elle des rebonds au pénal pour se transformer en un "Fortisgate"? Quoi qu'il en soit, ce dossier constitue une exécrable et peut-être ultime péripétie d'un capitalisme sabordé par les spéculateurs, miné par ses adversaires, qui s'inscrit dans l'angoissant contexte national, européen et international.

G.THIBEAUX
Dimanche, 29 juin 2008

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