Article AETIUS N° 5 – 04.2009
BANQUES ET TRANSPARENCE
La spéculation bancaire aggravée par divers scandales, dont "AIG, Lehman, Fortis, Maldoff et consorts, etc.,", a ébranlé le monde économique.
Nombre de déposants, épargnants et petits actionnaires, amalgamés avec les affairistes,
ont subi de plein fouet un préjudice allant de la ruine à la perte de revenus, liée à la chute des taux d'intérêt. Leur désarroi est d'autant plus grand que nombre de banques vacillent, proches de la faillite.
Face à cette déroute, les
responsables politiques pris de court ont joué les pompiers dans l'improvisation pour éviter l'embrasement général du secteur financier.
Les clients tétanisés découvrent des pratiques effarantes : blanchiment, fraude fiscale, bilans suspects, rémunérations indécentes, produits toxiques... La liste est longue brouillée par une attitude ambiguë des autorités.
La réunion des "Vingt" à Londres apporte une réponse limitée aux questions financières, qualifiée emphatiquement de
"New World". Gardons-nous d'un enthousiasme de circonstance! De même, relativisons le prétendu enthousiasme des places boursières saluant les décisions des maîtres argentiers! Aux termes d'un accord imparfait – lequel a toutefois le mérite d'exister – relevons les mesures timides de moralisation du secteur financier avec la mise en accusation du secret bancaire. (Relevons le nom de la Belgique – absente des débats comme la Suisse, l'Autriche, le Luxembourg – sur la liste grise.) Ces proclamations au souffle éthique sont-elles de nature à combler le gouffre séparant banquiers et consorts de leurs clients? Nous en doutons, car lesdites mesures visent les seuls histrions du capitalisme-voyou.
Face à la majorité des "bons élèves" détenteurs de capitaux,
le déposant navigue toujours dans le brouillard. Observons que celui-ci n'a pour renseignements que la (dés)information des médias, le flou d'une publicité autosatisfaite et les rumeurs malsaines de la concurrence. Quant aux "informations objectives", bilans et documents comptables, celles-ci sont réservées aux professionnels avec l'allure de "secret défense". Le déposant se voit réduit donc à présumer la solvabilité de sa banque... mais se voit contraint de se soumettre aux exigences de la directive Mifid!
Cette situation est inacceptable faute de réciprocité, d'autant plus que le rapport "banque à client" est un
rapport d'intérêts opposés et de professionnels à particuliers non avertis.
Pourquoi le déposant n'a-t-il pas accès à des données objectives et vérifiables, préalable essentiel à toute relation d'affaires? Pourquoi le demandeur d'un prêt doit-il justifier d'une garantie réelle alors que le
banquier se refuse à informer ses créanciers, les déposants? Faut-il rappeler les réticences des banques à dévoiler l'étendue des pertes liées au "credit crucnch", aux "produits toxiques" et à la spéculation? "Fortisgate" est un effarant modèle du genre. Le malaise est général et le doute s'amplifie.
Soulignons avec force que
l'argent n'est pas un produit ordinaire, mais un bien qui conditionne la vie et la liberté de tout un chacun! Faut-il rappeler les séquelles désastreuses du naufrage de certains fonds de pension? Dans ce contexte, plusieurs États ont augmenté la garantie supplétive,
mais la solvabilité des établissements financiers demeure l'insaisissable garantie fondamentale.
En mars 1933, la première étape du "New Deal", organisée par le président Roosevelt, fut de soumettre les banques à un test de solvabilité sous l'autorité du Trésor américain (United States Bank Holiday). Un quart des banques fut fermé, mais les liquidités revinrent sur le marché.
Quelles informations les banques – débitrices des fonds gérés – sont-elles disposées à fournir en l'absence de réglementation? Nous évoquons :
- La transparence financière et comptable actualisée
(les bilans 2007 n'ont plus qu'une valeur historique),
informations consolidées pour les groupes internationaux;
- La transparence des objectifs et le profil de risque
(spéculation, gestion en bon père de famille, projets de
croissance externe....)
- La transparence des structures juridiques;
- La transparence des garanties liées aux dépôts et aux
produits souscrits;
Nous passons sous silence la
responsabilité pénale et financière des dirigeants, instrument efficace, voeu pieux au regard des événements!
À chacun de compléter sa liste (grise, noire ou blanche) si besoin et d'interroger sa banque! À chacun de tirer les conséquences des réponses reçues (de la formule de politesse à un commencement d'information) et d'adapter sa stratégie de placements.
Nos demandes seront elles entendues, fut-ce partiellement? Sans doute pas! Mais,
notre inertie serait d'autant plus coupable qu'une embellie financière nous renverrait à une opposition anesthésiée.
G.THIBEAUX
Libre diffsuion.